Immigration professionnelle : le BTP ne peut pas s’en passer – Le Moniteur.fr – 7 juillet 2011

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Immigration professionnelle : le BTP ne peut pas s’en passer

Emmanuelle N’Haux | 07/07/2011 | 17:15 | Entreprises de BTP

La reprise se dessine, craignez-vous des tensions dans le recrutement de votre main-d’oeuvre ?

Alors que la reprise est encore timide, déjà un tiers des entreprises craint que des tensions sur le marché de l’emploi se fassent sentir. Principalement dans les entreprises de 50 à 249 salariés et dans le domaine des travaux publics. Il faut dire que ce secteur d’activité connaît ou se prépare au lancement d’un certain nombre de grands chantiers. Côté bâtiment, les signes de reprise des missions d’intérim (+ 14 100 équivalents temps plein entre le 1er trimestre 2011 et le 1er trimestre 2010) augurent d’une reprise progressive de l’emploi stable.

Description: La reprise se dessine, craignez-vous des tensions dans le recrutement de votre main-d'oeuvre ?

Description: La reprise se dessine, craignez-vous des tensions dans le recrutement de votre main-d'oeuvre ? Description: Actuellement, avez-vous recours à de la main-d'oeuvre étrangère ? Description: A votre avis, le BTP peut-il se passer de la main-d'oeuvre étrangère ? Description: Etes-vous favorable à la politique gouvernementale de maîtrise de l'immigration professionnelle ?

Les entreprises du BTP ont toujours eu recours à une immigration légale du travail. Variable d’ajustement pour les unes, la main-d’oeuvre étrangère reste vitale pour d’autres. Notre sondage révèle que pour 65 % des chefs d’entreprise, le BTP ne peut pas s’en passer ! De sorte que certains s’inquiètent des mesures visant à réduire l’immigration professionnelle.

Description: http://www.lemoniteur.fr/cache/11/03/10/IMAGE_2011_03_10_13678226_194x117.jpg© Phovoir-images Ouvriers sur un chantier de construction

À l’heure où le gouvernement affiche sa volonté de réduire significativement l’immigration professionnelle, qu’en est-il des besoins des entreprises du BTP ? A en croire le ministre de l’Intérieur Claude Guéant, « la France n’a pas besoin de maçons étrangers ». Un avis partagé par Didier Ridoret, président de la Fédération française du bâtiment. « Le secteur n’est effectivement pas en demande et la priorité reste la formation des jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification », estime-t-il.
Même analyse du côté des travaux publics. Dans sa note de conjoncture sur le 1er trimestre 2011, la Fédération nationale des travaux publics note que « seules 10 % des entreprises déclarent être contraintes par une insuffisance de main-d’oeuvre. »

Certes la reprise ne se fait pas sentir de la même manière selon les activités et les zones géographiques. Mais déjà un tiers des chefs d’entreprises interrogés (voir notre sondage) s’inquiète des tensions de recrutement de main-d’oeuvre. Pour Eric Logheder, DRH de l’entreprise francilienne de gros oeuvre GCC, « l’activité va redémarrer et il serait délicat de restreindre maintenant l’accès du marché de l’emploi. » Un avis partagé par Céline Pomathiod, DRH de Floriot, groupe de BTP basé dans l’Ain. « Aujourd’hui, nous arrivons à trouver localement du personnel qualifié. Mais, l’activité repartant, des tensions se font déjà ressentir sur l’encadrement de chantier et sans doute demain sur le personnel de production. Le recours à la main-d’oeuvre étrangère est un levier d’ajustement qu’il ne faut pas exclure. »

La restriction du marché de l’emploi ne concerne, pour l’instant, que les travailleurs étrangers en attente d’autorisation de travail. Or, le BTP profite aujourd’hui des dispositions introduites en 2008 visant à faciliter l’immigration de travail pour certains métiers dits en tension (lire ci-dessus). Il n’empêche, les entreprises montrent une certaine inquiétude quant à la possible révision de ces listes. Pour Nathalie Turon-Lagau, DRH de l’entreprise de gros oeuvre Hervé, le recours à la main-d’oeuvre étrangère n’est pas une variable d’ajustement. « Sur 150 compagnons, nous comptons 45 Français. Les autres sont Portugais ou Africains. Il est en effet difficile de faire venir des jeunes sur le métier de coffreur. » Si le gros des recrutements concerne les compagnons, cette entreprise a également intégré des cadres étrangers. « Nous avons embauché deux personnes, originaires de pays hors Union européenne, pour travailler au sein de notre bureau d’études. Sur ces métiers, nous connaissons toujours des tensions pour recruter. » Cette entreprise, comme bien d’autres, ne néglige pas pour autant la formation des jeunes, via des contrats d’apprentissage ou de professionnalisation.

Faire face au pic de production

C’est le cas d’Olivier Riom, P-DG de l’entreprise de second oeuvre Volutique, basée à Nantes. « J’ai recours temporairement à une équipe autonome de Polonais en cloisons sèches. Je n’ai pas d’autres choix pour faire face rapidement à un fort niveau d’activité même si cette démarche est contraire à l’action que je mène depuis de nombreuses années en faveur de l’insertion durable des personnes dans l’emploi. Par ailleurs, comme tous les signaux ne sont pas encore passés au vert, je préfère opter pour cette solution avant de mener des actions de recrutement. » Une prestation que fournit Akcja Job, société polonaise, qui détache des ouvriers qualifiés en maçonnerie, en pose de plaque de plâtre comme en revêtement de sols. « Les professionnels que nous détachons viennent avec un contrat de travail pour une durée déterminée, sont rémunérés au niveau des minima et sont logés », précise Michael Gendron, responsable des activités France pour Akcja Job. « Les entreprises savent que nous sommes capables de répondre parfaitement et rapidement à un problème de production », ajoute Stéphane Leite, gérant de Néo groupe, société qui propose des équipes complètes en gros oeuvre venant du Portugal. Reste à veiller à ce que le recours à ces prestations ne se résume pas à «l’achat» d’une main-d’oeuvre bon marché. Au vu des niveaux de prix pratiqués actuellement, un entrepreneur pourrait y voir un moyen de préserver ses marges. Une tentation très compréhensible. Mais un jeu fort dangereux.

FOCUS

Trois questions à : Nicolas Jounin, maître de conférence en sociologie à l’université Paris VIII.

« Ces mesures vont précariser les travailleurs étrangers »

Le gouvernement a annoncé son souhait de limiter le recours à l’immigration professionnelle. Est-ce réaliste ?

Commençons par définir ce qu’est l’immigration professionnelle. Cela désigne moins une catégorie de population qu’un type de titre de séjour, plus précaire, auquel on soumet les étrangers. Mais c’est un type de titre qui ne concerne qu’une minorité des étrangers travaillant dans le BTP comme dans d’autres secteurs. L’idée qu’il y aurait un robinet de l’immigration que l’on peut ouvrir ou fermer à l’envie est illusoire. Les changements de politique agissent moins sur les flux que sur les droits des immigrés : en l’occurrence, ce (léger) changement de cap précarisera davantage les travailleurs étrangers, avec ou sans papiers.

Les travailleurs détachés ne sont pas concernés par les mesures visant à limiter l’immigration professionnelle. Qui sont-il ?

On parle dans ce cas de salariés mis à disposition par des sociétés (classiques ou d’intérim) étrangères, polonaises par exemple, qui détachent des salariés de leur pays en France. Les travailleurs détachés permettent aux entreprises d’avoir recours à une main-d’oeuvre étrangère précarisée en toute légalité.

Le recours à l’immigration est-il la solution pour enrayer les tensions sur certains métiers ?

Je m’étonne toujours que des acteurs, d’habitude si attachés aux lois du marché, puissent déplorer depuis si longtemps une situation de pénurie. Normalement, en augmentant les salaires et en améliorant les conditions de travail, la pénurie diminue voire disparaît. Pour l’instant, quand on regarde les grands indicateurs (niveau des salaires, durée du travail, sécurité…), le BTP est moins attractif que d’autres secteurs.

Emmanuelle N’Haux | Source LE MONITEUR HEBDO

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